Culture du Cannabis médical en RDC: Des politiciens au bilan mesquin renvoyés à l’école du droit

La honte ne tue pas, mais l’ignorance politique, oui. Des honorables députés et politiciens en quêtent de positionnement tentent de se refaire une santé politique en s’attaquant à la culture du cannabis médical, pourtant déjà acceptée et encadrée par le Gouvernement de la RDC.
C’est le cas de l’Honorable Carly Nzanzu Kasivita, député national et ancien gouverneur du Nord-Kivu, qui a saisi le 19 août 2026 le VPM de l’Intérieur au sujet d’une campagne de promotion de la culture du cannabis médical au Nord-Kivu. Dans sa correspondance, également adressée aux ministères de l’Agriculture et de la Santé, il met en cause un certain Kakule, présenté comme expert au ministère de l’Agriculture, et estime que cette culture, même médicale, pourrait créer de nouvelles vulnérabilités dans une province confrontée aux ADF et aux groupes armés.
Il redoute une infiltration des groupes armés dans les circuits de production et un financement du marché noir, et demande une suspension préventive des campagnes de promotion.
Mise au point du Ministère de l’Agriculture
En réponse à cette correspondance, le Ministère de l’Agriculture et Sécurité Alimentaire apporte une clarification : un élément a été malencontreusement extrait de l’allocution du Ministre d’État lors de sa mission au Nord-Kivu.
Le Ministère précise :
Le cannabis médical s’inscrit dans un cadre légal et réglementaire strict, soumis à autorisation, et fera l’objet d’une concertation approfondie avec le Ministère de la Santé, notamment pour la recherche scientifique, l’industrie pharmaceutique et la création de valeur, dans le respect des législations nationale et internationale.
Ce n’est ni une libéralisation sauvage, ni une distribution de chanvre aux paysans.
Ce que disent les textes que les députés devraient relire
De la Volonté du Gouvernement:
Dès juillet 2021, le Président Félix Tshisekedi a souligné l’obligation pour le Gouvernement d’encadrer toutes les activités d’usage du Cannabis pour des besoins médicaux.
Base légale :
L’Arrêté ministériel n°1250/CAB/MIN/SPHP/039/DCA/CPh/2022 du 24 novembre 2022 crée la Commission Multisectorielle Permanente de Coordination des activités liées à l’usage médical et scientifique du cannabis (CMPC). 3. Cette Commission coordonne toutes les activités liées au développement de la filière cannabis en RDC. Elle a un mandat stratégique et opérationnel : analyser les dossiers de demande d’Autorisation de culture, de détention, d’exploitation, de transport, de stockage, surveiller toute la chaîne, cartographier, organiser l’import-export.
Qui contrôle?
Ce n’est pas le seul Ministère de l’Agriculture. La CMPC comprend 18 entités : Santé, Agriculture, Environnement, Finances, Commerce Extérieur, Intérieur, Économie, Industrie, Police, ANR, facultés de médecine et pharmacie, OCC, DGDA, Ordres des Médecins et Pharmaciens. Elle est placée sous la tutelle du Ministre de la Santé.
En clair : pas d’autorisation = pas de culture. Pas de CMPC = pas de filière. C’est l’article 23 de la Convention unique sur les stupéfiants de 1961, ratifiée par la RDC, qui l’impose.
La démarche du député Kasivita, qui intervient alors que la question reste sensible dans un contexte sécuritaire, est légitime sur le fond sécuritaire. Mais vouloir en faire un scandale politique pour faire oublier son bilan au Nord-Kivu, c’est faire fi du droit.
Le Gouvernement ne promeut pas le “chanvre qui tue”. Il met en place, comme le Maroc, le Lesotho ou le Rwanda, une filière à haute valeur ajoutée pour la recherche et l’export pharmaceutique, sous contrôle de l’OICS.
Les députés qui crient au scandale sont priés de relire l’arrêté du 24 novembre 2022 avant la prochaine interpellation.
Sé Rédaction
